Allemagne : l’extrême droite infiltrée dans la police

C’est ce que l’on appelle des scandales à répétition. En effet, la police allemande est depuis quelques années au coeur d’affaires liées à l’extrême-droite. Si vous ne suivez pas l’actualité allemande, vous êtes peut-être passé(e) à côté de ces informations. Je vous propose donc un petit rappel non exhaustif.

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Lebensborn : les enfants volés des nazis

A la fin du mois de janvier 2021, les munichois qui passaient sur la Herzog-Max-Straße (la rue Herzog Max) ont pu assister à une étrange manisfestation. Quelques dizaines de personnes se sont rassemblées, exhibant d’étranges pancartes avec des visages d’enfants, et une étrange revendication : « Bis heute keine Entschädigung ». Cela signifie : « Jusqu’à aujourd’hui, pas de compensation ». Mais que veulent donc ces personnes? De quelle compensation parlent-elles?

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L’origine du drapeau nazi

L’origine du drapeau nazi nous cache un petit secret! Nous allons d’abord laisser Hitler lui-même décrire ce drapeau dans « Mein Kampf » : « Moi-même, cependant, après de nombreuses tentatives, je m’arrêtai à une forme définitive : un drapeau avec un fond rouge, un rond blanc et une croix gammée noire au centre » Concernant les couleurs, il rappelle que « le blanc représente le nationalisme, le rouge le socialisme et la croix gammée « la race aryenne ».

Le drapeau nazi

Mais, contrairement à ce que l’on croit, ça n’est en fait pas Hitler qui est à l’origine de ce drapeau. Se cache derrière cette invention un homme, oublié de l’Histoire : Friedrich Krohn. Retour sur ce personnage.

En premier lieu, il est important de rappeler que le croix gammée (symbole à l’origine bouddhique) avait déjà été utilisée comme étendard par la société de Thulé, groupuscule pangermaniste qui influença grandement Hitler. Le DAP (futur NSDAP) qui comptait beaucoup de membres de cette société secrète, décida de reprendre la croix gammée comme emblème. Pour la conception du drapeau, il fut en fait décidé de faire un « brain storming » (Pardonnez-moi pour le terme un peu anachronique). Hitler le dit lui même dans « Mein Kampf » :

« Moi-même, étant le chef, je ne voulais pas imposer mon propre projet, parce que quelqu’un pouvait m’en suggérer un
autre aussi bon ou même meilleur. En effet, un dentiste de Starnberg me soumit un projet qui n’était pas mauvais du tout. »

Le dentiste en question, c’est Friedrich Krohn. Si ce nom ne vous dit rien, c’est absolument normal : il n’était pas un dignitaire nazi, ni un médecin de camp. Et pourtant, son action à l’échelle locale a été très importante pour le jeune parti nazi. Krohn s’installe en 1917 sur les rives du magnifique lac de Starnberg en Bavière, dans la petite ville du même nom (Starnberg). Le lac est situé à une vingtaine de kilomètres de Munich et a toujours été très apprécié par les bavarois. Krohn y ouvre donc son cabinet de dentiste sur la Kaiser-Wilhelm-Straße 13. Le personnage a toujours été très proche des milieux nationalistes et antisémites et ça n’est pas étonnant qu’il compte parmi les premiers adhérents du DAP. Le NSDAP a été quant à lui été officiellement crée le 24 février 1920. Preuve de l’engagement du dentiste, il organise un rassemblement du parti dans sa ville dès le 5 Mars 1920! Cerise sur le gâteau, il vit là son moment de gloire. Il décide d’orner le lieu de rassemblement (le Tützinger Hof, une brasserie locale) du drapeau qu’il a lui-même confectionné : le drapeau nazi. Les participants sont impressionnés par ce design, si bien qu’un des orateurs présents déclare même : « Nous tenons là notre drapeau! ».

Le Tützinger Hof dans les années 30 (source : Stadtarchiv Starnberg)

Krohn soumit ensuite son projet à Hitler qui avoua lui-même qu’il était parfait, mise à part la croix gammée dont les côtés étaient trop recourbés. Mais au delà de son immense fierté d’avoir inventé le drapeau qui deviendra l’emblème du IIIème Reich en 1933, Krohn peut se targuer d’être l’un des grands artisans de l’implantation locale du parti nazi dans les environs du lac de Starnberg. En effet, au delà des réunions de partis, il organise des défilés, des réunions publiques, et fait tout son possible pour attirer les habitants du village dans les griffes du NSDAP. Preuve de son implication, c’est lui-même qui finance l’antenne locale du parti. Il paye de sa poche les divers évènements ainsi que les petites annonces dans les journaux. C’est d’ailleurs à Starnberg qu’on peut lire le premier avertissement aux juifs, qui préfigure la suite des évènements: dans une des petites annonces en vue de la première venue d’Hitler, on peut déjà y lire « interdit aux juifs ». Un vrai exploit, nous sommes encore dans la République de Weimar (même si l’antisémitisme dans la société d’alors est déjà bien ancré)!

La suite pour Krohn est moins glorieuse. Il tombe rapidement en disgrâce après un désaccord avec la direction du parti. Il aurait, paraît-il, critiqué ouvertement Hitler en le traitant de « dictateur ». Pour cela, il est obligé de s’exiler un temps au Mexique. D’autres personnalités prennent alors la direction locale du NSDAP et le dentiste sombre peu à peu dans l’oubli, même s’il revient en 1933 à Starnberg. Il y meurt en 1967, dans sa maison au bord du lac.

L’exemple de Krohn est très intéressant car c’est ce genre de personnage qui est oublié de tous mais qui a joué un rôle primordial dans la montée du nazisme dans les années 1920. Ce sont ces petits porte-paroles qui ont fait que les idées d’Hitler ont percé dans les campagnes bavaroises, puis dans l’Allemagne entière. Sans ces relais, Hitler ne serait peut-être resté qu’un épiphénomène Munichois. C’est pourquoi je trouve qu’il est important aujourd’hui de relayer ces histoires de personnalités méconnues. Il ne faut jamais oublier que ce sont souvent des petites mains qui forment les rouages d’un régime totalitaire : le simple soldat qui obéit aux ordres de tuer, le journaliste qui influence l’opinion, le comptable d’un camp de concentration, etc. Je souhaite d’ailleurs terminer ce billet en louant les excellents articles de la journaliste Sabine Bader du « Süddeutsche Zeitung », qui travaille pour faire ressortir de nombreuses histoires oubliées.

Sources : https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/history-of-the-swastika#:~:text=Les%20origines%20du%20svastika,au%20fil%20de%20la%20journ%C3%A9e.

Mein Kampf : https://beq.ebooksgratuits.com/Propagande/Hitler-combat-2.pdf

https://www.sueddeutsche.de/muenchen/starnberg/starnberg-hitler-nazizeit-krohn-knab-1.4673542

https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_Thul%C3%A9

https://www.sueddeutsche.de/muenchen/starnberg/starnberg-nazis-hakenkreuz-geschichte-1.4642365

Hitler et la sexualité

Comme tout dictateur, Hitler a nourri de nombreux fantasmes, plus ou moins fondés. On a parlé de scatophilie, d’homosexualité, ou encore de soumission. On parle aussi du fait qu’il ne pouvait avoir de relation sexuelle, à cause de ses blessures lors de la Grande Guerre. Il apparaît qu’Hitler n’avait également qu’un testicule ainsi qu’un micropénis. Certains vont jusqu’à expliquer la volonté de conquête d’Hitler et la seconde guerre mondiale. Mais qu’en est-il donc vraiment de la sexualité du Führer?

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Un héros méconnu : Michael Ruhdorfer

Nous l’avons déjà maintes fois démontré sur ce blog, le rôle d’un personnage dans l’Histoire n’est ni tout blanc, ni tout noir: il est souvent gris. Comme dans la vie de tous les jours, un humain est capable du meilleur comme du pire, et il en va de même pendant la période nazie ; en France, en Allemagne, ou partout ailleurs en Europe. Ainsi, certains se sont retrouvés tantôt à aller dans le sens du régime hitlérien, tantôt à lutter contre celui-ci. Ce qui pousse une personne à agir est complexe et multifactoriel : il peut être question de survie, de morale, d’opportunisme, d’engagement ou de valeur, et j’en oublie tant d’autres.

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Parle-t-on nazi en Allemagne?

Parle-t-on aujourd’hui comme les nazis? C’est la question que s’est posée le journaliste Matthias Heine. Ses recherches ont abouti à un livre intéressant : « verbrannte Wörter » (littéralement « les mots brûlés). Dans ce dernier, Heine essaye de nous éclairer sur les mots qui sont toujours « contaminés idéologiquement », ceux que nous pouvons utiliser sans danger, et ceux injustement soupçonné d’être associés au Troisième Reich.

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La RDA et les anciens nazis

AfD. Ces trois lettres font actuellement trembler l’Allemagne. Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne), le parti d’extrême-droite allemand a le vent en poupe et semble tisser sa toile sur l’ensemble du territoire. Après la Saxe et le Brandebourg il y a deux mois, L’AfD a enregistré une forte percée électorale à l’occasion d’un scrutin régional organisé en Thuringe, région de l’ex-Allemagne de l’Est. Son leader, Björn Höcke, représente la mouvance la plus à droite de son parti.

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Björn Höcke

Il n’hésite pas à s’inspirer des discours de Goebbels ou d’Hitler pour prendre la parole en public. Dénigrant le monument à la mémoire des juifs d’Europe (situé à Berlin) exterminés par le IIIème Reich, reprenant en coeur la première strophe de l’hymne allemand, interdit car faisant référence au nazisme, ou souhaitant rompre avec la repentance par rapport à la période nazisme, Björn Höcke n’est pas à prendre à la légère.

 

Les succès électoraux les plus flagrants de l’AfD se situent en ex-RDA. Toujours à la traîne par rapport à leurs voisins d’ex-RFA, ces territoires présentent un terreau propice à la montée des idées d’extrême-droite. Pourtant, ces régions ont connu pendant près d’un demi-siècle un modèle qui honnissait ces idées, et qui se revendiquait antifasciste. Certains nostalgiques du modèle communiste revendiquent d’ailleurs l’argument que le racisme n’existait pas en RDA. En pleine période d’ostalgie (nostalgie de l’ancienne RDA), c’est pourtant l’extrême-droite qui capte la détresse de la population. Peut-être est-ce simplement que l’AfD, qui joue sur le sentiment d’abandon et de déception que ressentent les allemands de l’est par rapport à ce qu’on leur avait promis (abondance et liberté), trouve les mots justes pour parler à cette population en quête d’identité. Dans tous les cas, cette montée de l’extrême traduit le fossé qui sépare encore l’est et l’ouest et le malaise qui subsiste aujourd’hui. Mais, l’analyse peut être ici poussée plus loin. Si la RDA s’est érigée en nation antifasciste, les faits ont-ils suivi le discours? Les dirigeants communistes ont-ils bannis de la vie publique les anciens nazis? Ont-ils procédé à une dénazification de la société et travailler sur les faits historiques? Et si la RDA s’est construite sur un mensonge, est-il aujourd’hui si étrange de voir surgir à nouveau les idées fascistes? Eclairage sur une part d’ombre de l’histoire allemande.

Pour cela, il faut revenir à la défaite allemande en 1945. Dès 1943, les Alliés avaient préparé l’après-guerre. Ainsi, ils décidèrent d’éradiquer une fois pour toute le risque de résurgence du militarisme allemand en occupant l’Allemagne. Les allemands perdirent alors leur souveraineté pour de longues années. Mais très rapidement, le conflit Est-Ouest allait émerger, ce qui aboutit à la création de deux états allemands, satellites des deux grandes puissances : les Etats-Unis et l’URSS.

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drapeau de la RDA

Dès 1945, l’URSS entreprit avec rigueur la dénazification de la zone qu’elle contrôlait. Ainsi de 1945 à 1948, des tribunaux militaires jugèrent et condamnèrent pas moins de 80000 allemands à de longues peines de prison ou à la peine capitale. Cependant, bon nombre de procès se sont avérés arbitraires et beaucoup de condamnations sans preuves ont été prononcées. Lors de la création de la RDA (République Démocratique Allemande) en 1949,  en réponse à la création de la RFA en mai de la même année côté ouest, l’URSS transféra au jeune état la charge des derniers procès. Sur le même modèle que les précédents, ces procès spectacles ont été bien souvent peu équitables. Néanmoins, dans cette période, la RDA a condamné à juste titre plus de criminels nazis que la République fédérale d’Allemagne. La dénazification de la police, de la justice et de l’administration interne a été très réussie, comparé à son voisin est-allemand. Dans le contexte de la guerre froide, les gouvernants de la RDA ont su mettre en avant ce facteur et l’utiliser à bon escient à des fins de propagande : l’état est-allemand s’est ainsi construit sur le mythe du rempart antifasciste. Par exemple,  lors de la décision de la mise en place de l’opération « mur de chine » en 1961 et la construction du mur de Berlin, le terme choisit pour appeler cette barrière fut : « le mur antifasciste ».

Le Ministère de la Sécurité de l’Etat (Ministerium für Staatssicherheit) a eu un rôle prépondérant dans le traitement des données sur les anciens nazis. En effet, il disposait d’une quantité impressionnant d’archives nazies, soigneusement répertoriées et conservées dans le plus grand secret. Ces archives se sont avérées précieuse dans le conflit avec la RFA. En effet, beaucoup de dirigeants ouest-allemands avaient un passé nazi et la RDA avait ainsi la possibilité d’utiliser des documents compromettant pour influencer les élections, menacer ou faire pression sur certains postes clés. Mais les dossiers montrent également que les auteurs nazis vivant en RDA n’ont pas nécessairement été traduits en justice et que d’anciens membres du NSDAP ont même été recrutés par l’état est-allemand. C’est ainsi que le SED (Parti socialiste unifié d’Allemagne), parti unique autorisé en RDA, commença à recruter d’anciens nazis dès 1946. On estime qu’à cette époque, environ 10% des membres du SED était ainsi concernés. En 1954, soit cinq ans après la création de la RDA, le parti comptait 27% d’anciens militants du NSDAP. Mais la SED n’est que la pointe de l’iceberg. En effet, 33% des employés de la fonction publique étaient d’anciens nazis. Même si le chiffre est moins colossal qu’en Allemagne de l’Ouest, où 50% des fonctionnaires étaient d’anciens nazis, il n’en reste pas moins très important. Dans la médecine, le cas était encore plus grave : la plupart des médecins qui avaient joué un rôle dans la politique d’extermination des juifs, des tziganes, des handicapés n’ont jamais été inquiétés et ont pu continuer leur profession en toute impunité. Parmi ces cas, on peut citer celui de Jussuf Ibrahim, directeur de l’hôpital universitaire pour enfants de Iéna.  Jussuf Ibrahim, a pu poursuivre sa carrière après la guerre, même s’il était l’un des médecins qui avait embrassé les idées nazies et avait activement envoyé des enfants handicapés à la mort entre 1942 et 1945. On peut également citer le cas de Rosemarie Albrecht.

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Rosemarie Albrecht

En l’an 2000, des documents ont été retrouvés dans les fameuses archives du ministère de la Sécurité d’Etat de la RDA, qui prouvaient l’implication d’Albrecht dans des mesures d’euthanasie (overdose de sédatifs) pendant son séjour à Stadtroda entre 1940 et 1942. En 2004, elle figurait sur la liste des criminels de guerre nazis les plus recherchés du Centre Simon Wiesenthal. Les services de la RDA ne pouvaient pas ignorer ce passé mais Rosemarie Albrecht fut pourtant récompensée à maintes reprises, et notamment du Prix national de la RDA, une des plus hautes récompenses pour les civils.

On comprend bien que la société est-allemande était tout aussi gangrenée que la RFA par d’anciens nazis. Comme sa soeur, elle s’est construite sur les cendres incandescentes du IIIème Reich, et n’avait absolument aucune leçon à donner à quiconque. Navré de déconstruire ici l’imaginaire d’ostalgiques, qui gardent de bons souvenirs d’une dictature qui s’écroula, un soir de novembre 1989. L’ouverture récente des archives a permis de découvrir le passé de milliers d’anciens nazis, et de ramener devant la justice ceux qui ont participé aux crimes du IIIème Reich. Hélas, ces procès ne sont arrivés que trop tardivement, et les accusés, souvent trop âgés pour être condamnés, ont été relaxé pour raison de santé.